Path: asynchrone!freenix!deine.net!fu-berlin.de!news.newsland.it!news.glou.org!fr-chartes!maintfaq
From: raph@giromini.org (Les utilisateurs de fr.sci.maths)
Newsgroups: fr.usenet.reponses,fr.sci.maths,fr.education.entraide.maths
Subject: [FAQ] fr.sci.maths - partie 2/3
Supersedes: <fr.maths.maths-faq-2-1042778547.298609@godet.glou.org>
Followup-To: poster
Date: Sun, 2 Feb 2003 04:42:26 GMT
Approved: fr-reponses@frmug.org
User-Agent: MaintFaq version 2.1b
Expires: Wed, 19 Feb 2003 04:42:26 GMT
Message-ID: <fr.maths.maths-faq-2-1044160946.919379@godet.glou.org>
Content-Type: text/plain; charset=iso-8859-15
Content-Transfer-Encoding: 8bit
X-No-Productlink: yes
Lines: 1912
Xref: asynchrone fr.usenet.reponses:8627 fr.sci.maths:15881 fr.education.entraide.maths:11423

www-Archive-Name: <http://faq.maths.free.fr/> 
PDF-version: <http://www.giromini.org/bin/FAQ.pdf>
PS-version: <http://www.giromini.org/bin/FAQ.ps>
Archive-Name: fr/maths/maths-faq-2

Last modified: 21 septembre 2001. 
Version 2.11


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          #                                                   #
          #           FAQ fr.sci.maths (partie 2/3)           #
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fr.sci.maths est un groupe de discussion destiné à recueillir les
discussions en français concernant les mathématiques.

Ce document rassemble les questions qui ont été fréquemment posées dans
ce forum.

Remarque sur la notation : le signe de multiplication utilisé ici est
l'astérisque *, comme souvent en informatique.

La version texte de ce document a été divisée en trois parties, afin de
faciliter sa difusion sur les forums francophones.

On trouvera,  dans cette partie, les chapitres IV à VII inclus.

Pour les chapitres I à III, se referer au document intitulé :
             "[FAQ] fr.sci.maths - partie 1/3".
Pour les chapitre VI à VII, se referer au document intitulé :
             "[FAQ] fr.sci.maths - partie 3/3".


Table des matières :

I   Contradictions.
     1. Est-ce que 0,9999... = 1 ?
     2. J'ai réussi à montrer que 2=1.
     3. Zéro puissance zéro égal un (0^0 = 1).

II  Démonstrations.
     1. Le petit théorème de Fermat.
     2. ab et a+b premiers entre eux.
     3. Irrationalité de la racine carrée de 2.
     4. Irrationalité de la racine d'un nombre premier.
     5. Irrationalité de e.
     6. Transcendance de e.
     7. Somme des puissances des premiers entiers.
     8. Les nombres et les polynômes de Bernoulli.
     9. Par combien de zéros le nombre 1998! se termine-t-il ?
    10. Expression par radicaux des racines d'un polynôme de degré n.

III Géométrie.
     1. Problème de la chèvre.
     2. Problème (dit) de Napoléon.

-+- Début de la deuxième partie -+-

IV  Énigmes.
     1. Pièces et balance, traduit par Vincent Lefèvre. 
     2. Les âges du capitaine.
     3. Quel est le nombre qui continue cette suite : 2, 12, 1112,...
     4. Probabilité que 2 personnes soient nées le même jour.
     5. Somme et produit de deux entiers.
     6. Les deux échelles.
     7. La cuve de vin.

V   Questions fondamentales.
     1. Les nombres premiers.
     2. Pi.
     3. Le grand théorème de Fermat.
     4. La conjecture de Syracuse.
     5. Les cardinaux des ensembles infinis - Partie I.
     6. Les cardinaux des ensembles infinis - Partie II. 
     7. Qu'est-ce que le nombre e ?

-+- Début de la troisième partie -+-

VI  Mathématiques et Ordinateur.
     1. Comment écrire des formules mathématiques dans les News ?
     2. Logiciels de mathématiques.
     3. L'algorithme de CORDIC sur les calculatrices.

VII Conclusion.
     1. Références.
     2. Remerciements.
     
========================================================================

Changements intervenus depuis la version précédente :
  - Correction d'une erreur dans le paragraphe V.1 Les nombres premiers.
  - Ajout d'un lien pour télécharger Maple V release 4, en version
    étudiante.

Les changements sont précédés du caractère : |

========================================================================


IV Énigmes.
   =========


1. Pièces et balance.
   ------------------

Traduction de  logic/weighing/balance  des   archives   de   rec.puzzles
<http://alabanza.com/kabacoff/Inter-Links/puzzles.html>

Problème
    On vous donne 12 pièces qui paraissent identiques,  dont  l'une  est
    contrefaite et a un poids légèrement différent des autres  (vous  ne
    savez pas si la pièce est plus lourde ou plus légère). On vous donne
    une balance de Roberval, qui vous permet de mettre le même nombre de
    pièces de chaque côté et d'observer quel côté  (s'il y en a un)  est
    plus lourd. Comment identifier la pièce contrefaite et déterminer si
    elle est plus lourde ou plus légère, en 3 pesées?

Solution
    Martin Gardner a donné une jolie solution à ce problème.

    Supposez que vous avez le droit à P pesées. Écrivez les 3^P  chaînes
    possibles de longueur P ayant pour caractères " 0 ", " 1 " et " 2 ".
    Éliminez les 3 chaînes comportant  uniquement  un  caractère  répété
    P fois.

    Pour chaque  chaîne,  trouvez  le  premier  caractère  différent  du
    caractère le précédant. Considérez ce couple de  caractères.  Si  ce
    couple  n'est pas 01, 12 ou 20, éliminez cette chaîne.  En  d'autres
    termes, seules les chaînes de la  forme  0*01.*,  1*12.*  ou  2*20.*
    (expressions rationnelles) sont acceptées.

    Il doit vous rester (3^P-3)/2 chaînes. C'est  le  nombre  de  pièces
    que vous pouvez contrôler en P pesées.
    Associez donc chaque pièce à une chaîne de P caractères.

    Effectuez P pesées comme suit:

    Pour la pesée I, mettez d'un côté  toutes  les  pièces  ayant  un  0
    dans la chaîne en position I,  et  mettez  de  l'autre  côté  toutes
    les pièces ayant un 2 dans la chaîne en position I.

    Si le côté avec les 0 en position I est plus lourd,  écrivez  un  0.
    Si c'est l'autre côté qui est  plus  lourd,  écrivez  un  2.  Sinon,
    écrivez un 1.

    Après P pesées, vous avez écrit une chaîne de P caractères. Si votre
    chaîne correspond à une des pièces, alors c'est cette pièce qui  est
    contrefaite, et elle est plus lourde. Sinon, changez chaque 2  en  0
    et chaque 0 en 2 dans votre chaîne. Votre chaîne correspondra  alors
    à l'une des pièces, et cette pièce est plus légère que  les  autres.

    Notez que si vous devez seulement identifier la  pièce  contrefaite,
    mais pas déterminer si elle est plus lourde  ou  plus  légère,  vous
    pouvez   contrôler   (3^P-3)/2+1   pièces.   Étiquetez   la    pièce
    supplémentaire par la chaîne contenant uniquement des 1, et utilisez
    la méthode ci-dessus.

    Notez aussi que vous pouvez contrôler  (3^P-3)/2+1  pièces  si  vous
    devez déterminer si la pièce contrefaite est  plus  lourde  ou  plus
    légère, pourvu que vous ayez une pièce de référence, dont vous savez
    qu'elle a le poids correct. Vous faites ceci en étiquetant la  pièce
    supplémentaire par la  chaîne  contenant  uniquement  des  2.  Cette
    pièce est placée toujours du même côté, et ce plateau  contient  une
    pièce de plus que l'autre. Alors, placez la pièce  de  référence  de
    l'autre côté, à chaque pesée.

    Il est très facile de prouver que ceci marche,  une  fois  que  vous
    avez remarqué que la méthode  de  construction  des  chaînes  assure
    qu'à chaque position, 1/3 des chaînes ont un 0, 1/3 ont un 1, et 1/3
    ont un 2, et que si une  chaîne  est  dans  la  liste,  alors  celle
    obtenue en remplaçant chaque 0 par un 2 et chaque 2 par un 0 n'y est
    pas.

    Si vous savez déjà que la pièce contrefaite est plus lourde (ou plus
    légère), vous pouvez contrôler 3^P pièces. Avec P pesées, il ne peut
    y avoir que 3^P combinaisons d'équilibre,  plateau  de  gauche  plus
    lourd et plateau de droite plus lourd.

    L'algorithme est dans ce cas:

    Partagez les pièces en 3 groupes de même taille... A, B et C.  Pesez
    A avec B. Si un plateau tombe, il contient la  pièce  lourde,  sinon
    cette pièce est dans le groupe C. Si la taille de votre groupe est 1
    vous avez trouvé la pièce, sinon faites une recurrence sur le groupe
    contenant la pièce lourde.


2. Les âges du capitaine.
   ----------------------

Le capitaine dit à son fils:
" La cabine n°1 abrite M. DUPONT et ses deux filles. Le produit de leurs
trois âges est 2450 et la somme de leurs trois âges est égale à  4  fois
le  tien.  Peux-tu   trouver   les   âges   des   trois   passagers  ? "
Après un instant, le fils répond: " Non,  il  me  manque  une  donnée. "
Le  capitaine  ajoute  alors:  " Je  suis  plus  âgé  que  M.  DUPONT. "
Le fils  du  capitaine  en   déduit   aussitôt   les   trois   réponses.

Quel est l'âge du capitaine ? de son fils ? de M. DUPONT  ?  Quels  sont
les âges des deux filles ?

Étant donné que le produit des âges vaut 2450, c'est donc que  les  âges
des voyageurs sont des diviseurs de 2450.
Or 2450 = 1*2*5*5*7*7 (décomposition en nombres premiers)
On a alors comme âges  possibles : 1, 2, 5, 7, 10, 14, 25, 35, 49, 50,
70,
98, 175, 245, 350, 490, 1225, ou 2450.

Il semble absurde de supposer que l'âge d'un des passagers puisse
excéder
174 ans  (quoi  que...).  Ainsi, les  âges  possibles  sont  réduits
aux
douze premiers diviseurs.

On a donc qu'un nombre fini de triplets possible :
{98,25,1} , {98,5,5} , {70,35,1} , {70,7,5} , {50,49,1} , {50,7,7},
{49,25,2} ,{49,10,5}... (je ne les écrit pas tous)

Il suffit de faire la somme de  chacun  des  triplets.  Or  le  fils  du
capitaine dit ne pas avoir assez d'indices pour trouver avec les sommes,
c'est donc qu'il existe deux sommes identiques. En effet, les   triplets
{50,7,7} et {49,10,5} ont la même somme (64 ans).

On en déduit l'âge du fils qui est de 64/4 = 16 ans.

De plus comme le capitaine est plus âgé que M. Dupont, on déduit que  M.
Dupont n'a que (sic!) 49 ans  De là ses filles ont 10 et 5 ans.
On peut également dire que le capitaine a 50 ans.

Donc
M. Dupont a 49 ans
les deux filles ont 5 et 10 ans
Le capitaine a 50 ans et
Le fils a 16 ans



3. Quel est le nombre qui continue cette suite : 2, 12, 1112...
   ------------------------------------------------------------

La construction de la suite se fait comme suit : il faut  lire  à  haute
voix les chiffres qui la composent.

On part de " 2 ", on lit un " 2 ", on écrit 12. Puis, on lit  un  " 1 ",
un " 2 " on écrit 1112. On lit trois " 1 ",  un " 2 ",  on  écrit  3112.

On peut montrer par l'absurde que le  nombre  de  signes  distincts  qui
composent cette suite se limite aux chiffres 1, 2 et 3.

   En effet, supposons qu'à une ligne on trouve le chiffre 4, suivi  par
   exemple du chiffre 1.
   Cela signifie qu'à la ligne précédente, on avait la suite  ...1111...
   C'est à dire à la ligne d'avant ...11..., que l'on aurait dû traduire
   par 21 et non 1111 comme cela a été fait. D'où contradiction.
   Il ne peut donc pas y avoir de chiffre supérieur strictement à 3.

Dans la suite, on prendra la convention :
u(0)=2
u(1)=12
u(2)=1112
etc.
Nous nommerons u(n) la valeur trouvée à l'étape n

Cette suite ne peut pas se stabiliser, et même elle tend vers l'infini.

   nous savons calculer u(n+1) en fonction de u(n) mais aussi, en  toute
   logique, u(n-1) en fonction de u(n)  (cela  paraît  évident)  qui n'a
   qu'une seule valeur possible en fonction de u(n).

   Ainsi, supposons qu'il existe m>n tels que u(m) = u(n) alors, d'après
   l'observation  précédente,  u(m-1) = u(n-1)  et  finalement  par  une
   récurrence évidente, u(m-n) = u(0) = 2.
   Or m-n>0 donc d'après la méthode de construction de la liste,  u(m-n)
   a un nombre pair de chiffres d'où une contradiction.

   Donc quels que soient m et n, u(m)<>u(n) ; soit v(n) la suite définie
   de la façon suivante :
   si il existe k tel que u(k)=n alors v(n)=k. Sinon, v(n)=0
   Quel que soit A de N, N=max(v(0)...v(N)) => (n>N => u(n)>A).
   Donc u(n) tend vers l'infini.


On peut même montrer que le nombre de 1 diverge :

   Je nomme  groupe  une suite de chiffres  faisant partie  d'une autre
   suite: non décalé (gn) si il commence par un chiffre de rang  impair
   groupe décalé (gd) si il  commence  par  un  chiffre  de  rang  pair
   (1232 est un gn de 221232 et un gd de 2221232).

   Si X et Y sont deux groupes,
   je note X -> Y si une partie de X engendre Y en  remontant  dans  les
   termes de la suite (engendrer sera toujours employé  dans  ce  sens).
   ex : 1112 (gn) -> 12
        2322 (gn) -> 3322
        2322 (gd) -> 222
   (en effet, les chiffres peuvent être groupés par  deux  lorsque  l'on
    remonte dans la suite).

   On appellera un doublet, une gn de deux chiffres.

   Deux doublets consécutifs ne peuvent pas  se  terminer  par  le  même
   chiffre (on appellera cela  une  incompatibilité  de  répétition  ir)
   le groupe 333 ne peut  pas  exister  car  il  contient  forcément  un
   doublet 33 et donc engendrera forcément 333  ce  qui  par  récurrence
   arrive à une contradiction évidente.

   le doublet 33 ne peut  donc  pas  exister.  Un  groupe  contenant  un
   doublet 33 provoquera une incompatibilité 3 (i3).

   Cherchons les gn de quatre chiffres ne  contenant  pas  de  1  et  ne
   provoquant pas d'incompatibilité (ie: pouvant exister dans la suite):
   je ne regarde pas les ir et les i3 triviales :
      2223 -> 2233 supposé compatible
      2322 -> 3322 supposé compatible
      2332 -> 33222 i3 si gn et ir si gd incompatible
      3223 -> 22233 supposé compatible
   tous les autres sont incompatibles.

   Cherchons les gn de huit  chiffres  ne  contenant  pas  de  1  et  ne
   provoquant pas d'incompatibilité (il sont constitués des gn de quatre
   chiffres compatibles):
      22232223 -> 22332233 i3 si gn donc gd
               -> 3322233 i3 dans tous les cas
      22232322 ir
      22233223 -> 223322233 i3 dans tous les cas
      23222223 ir
      23222322 -> 33223322 i3 si gn donc gd
               -> 22233222 i3 si gd et ir si gn
      23223223 ir
      32232223 -> 222332233 i3 si gd donc gn
               -> 223322233 i3 dans tous les cas
      32232322 ir
      32233223 -> 2223322233 i3 dans tous les cas

   Donc  tout   gn   de   8   chiffres   contient   au   moins   un   1.
   Cette suite tendant vers l'infini, le nombre  de  gn  de  8  chiffres
   (même sans recouvrement) tend vers l'infini.
   Donc le nombre de 1 aussi.

   On constate que la fin du code est stabilisée dès la  6ème  itération
   pour ses signes finaux.

   On note D la transformation telle que u(n+1)=D(u(n)).
   On note |X| le nombre de chiffres du groupe X.

Lemme 1 : pour n>=6, u(n) se termine par 222112 si n est  pair,  et  par
322112 si n est impair.

   par récurrence. C'est vrai  pour  n = 6.  Soit  n > 6,  supposons  la
   propriété vérifiée pour n et montrons la pour n+1.  Si  n  est  pair,
   u(n) se termine par 222112. Le chiffre précédent, s'il existe,  n'est
   pas un 2 (puisqu'on  n'a  pas  4  chiffres  identiques  consécutifs).

   Donc u(n) se termine par un bloc de trois 2, puis un bloc de deux  1,
   puis un 2, et donc u(n+1) se termine par 322112 ; n+1  étant  impair,
   c'est précisément ce qu'on attendait.
   Si n est impair, u(n) se  termine  par  322112.  Peu  importe  si  le
   chiffre précédent est un 3 ou non, seuls  les  trois  derniers  blocs
   nous intéressent, et u(n+1) se termine donc par 222112  ;  n+1  étant
   pair, c'est ce qu'on attendait.

Lemme 2 : soit x(n) la suite définie pour n>=6 par
x(6)=222112, x(7)=322112,  x(8)=3222112,  x(9)=3322112,  x(10)=23222112,
et pour n>=10, x(n+1) est égal à D(x(n)) privé de son premier chiffre.
  1. Pour tout n>=6, x(n) est un suffixe de u(n).
  2. Pour tout n>=6, x(n) est un suffixe de x(n+2).
  3. Pour n>=11, |x(n)| est impair et |x(n+2)| >= |x(n)|+2.
  4. Pour tout n, |x(n)| >= n-2.

Preuve :
   1. Par récurrence sur n, d'après la définition de u(n).
   Noter  qu'il est important  d'enlever  le premier chiffre  de D(x(n))
   pour construire x(n+1), car  le  chiffre  précédant  x(n)  dans  u(n)
   peut être identique au  premier  chiffre  de  x(n),  ce  qui  modifie
   la longueur  du  premier  bloc  ;  en  revanche,  le  second  chiffre
   de  D(x(n)),  qui  indique  la  nature  du  premier  bloc  de   x(n),
   peut être conservé car il apparaît bien à cet endroit  dans  u(n+1).
   Au passage, on peut noter que ce chiffre est toujours un 2.

   2. Par récurrence sur n.  On  le  vérifie  à  la  main  pour  n < 10.
   Pour n>=10, si x(n) est un suffixe de x(n+2),  alors  x(n+1)  est  un
   suffixe strict  de  D(x(n+2)),  donc  c'est  un  suffixe  de  x(n+3).

   3. Pour n>=11, la longueur de  x(n)  est  impaire  par  construction.
   On  montre  |x(n+2)| >= |x(n)|+2  par  récurrence.  C'est  vrai  pour
   n=11  (et  même  n=9  et  n=10).  Supposons que  |x(n+2)| >= |x(n)|+2
   pour un certain n>=11. Comme  x(n)  est  un  suffixe  de  x(n+2),  on
   peut écrire x(n+2) = wx(n), avec |w| >= 2.

   L'avant dernier  chiffre de w ne peut être égal  au  premier  chiffre
   de x(n), car il s'agit  de  deux  chiffres  consécutifs  en  position
   impaire qui sont toujours distincts dans une image par D.

   Par conséquent D(x(n+2)) contient au moins un bloc de plus que
D(x(n))
   et donc |D(x(n+2))| >= |D(x(n))|+2, d'où |x(n+3)| >= |x(n+1)|+2.

   4. Se déduit facilement des valeurs initiales et de 3.



Théorème : pour tout l>=0, il existe un entier  n0  tel  que  pour  tout
n > n0, le suffixe de longueur l de u(n) coïncide  avec  le  suffixe  de
longueur l de u(n+2).

   C'est vrai d'après le lemme 1 pour l <= 6, en prenant n0 = 6.
   Pour l supérieur  à  6,  on  prend  n0  =  l+2.  Alors  pour  n > n0,
   le suffixe de longueur l de u(n) est  un  suffixe  de  x(n),  puisque
   |x(n)| >= n-2 >= l d'après le 4. du lemme 2.

   Il coïncide donc  avec le suffixe  de longueur l  de u(n+2),  puisque
   x(n) est un suffixe de x(n+2) qui est un suffixe de u(n+2).
   ( d'après les 2. et 1. du lemme 2. )

   On  peut  formaliser  ce  résultat  en  définissant   une   topologie
   convenable  sur  l'ensemble   des   mots   finis   et   infinis   sur
   l'alphabet {1,2,3}. On peut alors montrer que la suite  u(n)  a  deux
   valeurs  d'adhérence,  qui  sont  deux  mots   infinis   à   gauche :
   ...131221121321131112111322311211132132212312211322212221121123222112
                                 et
   ...211331123113221321123113121322111213112221133211322112211213322112


Exercice : faire la même chose en regardant cette fois le début des mots
(ce qui est  plus  habituel  que  de  regarder  la  fin,  d'ailleurs !).
Cette fois, il y a 3 valeurs d'adhérence.



Enfin, on peut montrer que la  proportion  de  1  a  une  limite  finie,
qui est un nombre algébrique de degré 71.

L'idée de Conway est d'identifier un  certain  ensemble  fini  de  blocs
(qu'il nomme selon les éléments chimiques), de sorte que si x  est  l'un
de ces blocs, D(x) s'exprime  comme  concaténation  de  plusieurs  blocs
élémentaires, et de plus qu'il n'y ait jamais d'interaction entre  blocs
consécutifs, de sorte que D(xy) =  D(x)D(y).

D agit alors comme une  substitution  (i.e.  un  morphisme  de  monoïde)
sur   les   mots   formés   de   symboles   de    blocs    élémentaires,
et le nombre d'occurrences de chacun des blocs  élémentaires  peut  être
exprimé à l'aide de puissances de la matrice de la substitution.

D'où finalement une  densité  qui  s'exprime  en  fonction  des  valeurs
propres  de  cette  matrice  et   est   donc   un   nombre   algébrique.


Lire à ce sujet:
-- J.H. Conway "The weird and Wonderful Chemistry of Audioactive Decay"
    in "Open Problems in Communications and Computation" T.M. Cover and
    B. Gopinath eds., Springer 1987
-- Shalosh B. Ekhad and Doron Zeilberger "Proof of Conway's Lost
   Cosmological Theorem"
-- Les commentaires d'un mathématicien,  de Jean-Paul Delahaye in  "Pour
   la Science", Janvier 1996, p.100 et suivantes.

Voir, entre autres (Warning, in english) :
http://www.mathematik.uni-bielefeld.de/~sillke/PUZZLES/SEQUENCES/series000
http://www.univie.ac.at/EMIS/journals/ERA-AMS/1997-01-011/1997-01-011.html
http://www.math.temple.edu/~zeilberg/mamarim/mamarimhtml/horton.html


4. Probabilité que 2 personnes soient nées le même jour.
   -----------------------------------------------------

On réunit dans une pièce n personnes.  On veut determiner,  d'une  part,
quelle est la probabilité que deux de ces personnes soient nées le  même
jour et d'autre part, à partir de combien de personnes il y a plus d'une
chance sur deux que l'événement cherché soit réalisé. 
Enfin, on s'intéressera aux différentes méthodes de calcul et à ce qu'il
se passe quand les dates de naissance ne sont pas équiprobables.


 a) Toutes les dates de naissance sont équiprobables.
   On supposera dans un premier temps  que les dates d'anniversaire  ont
   la même probabilité d'apparition.
   La bonne solution, comme souvent en probabilités, consiste à calculer
   la  probabilité  de  l'événement  complémentaire.  C'est à dire qu'on
   s'intéresse à la probabilité qu'il n'y  ait  aucune  coïncidence  des
   dates d'anniversaire dans un groupe de n personnes.

   En effet, la probabilité  d'un événement additionnée  à celle  de son
   complémentaire est égale à 1.  Donc la probabilité de l'événement est
   égale à un moins la probabilité de son complémentaire.

   Le nombre total de cas possibles est 365 à la puissance n noté 365^n.
   Le nombre de cas favorables est le nombre  de  choix  ordonnés  de  n
   dates parmi 365, soit:  365! / (365-n)!
   Donc,  la probabilité qu'il  n'y  ait  aucune  coïncidence  de  dates
   d'anniversaire est :
   365! / ((365-n)! * 365^n ) = produit[(365 - i)/365 , pour i=0 à n-1]
                              = produit[1 - i/365 , pour i=0 à n-1]

   La probabilité P(n) qu'il y ait au moins une coïncidence est donc :
	P(n) = 1 - produit[1 - i/365 , pour i=0 à n-1]

   Il existe d'autres solutions, par exemple, la suivante.
   On nomme A, B etc. les personnes de l'assistance.  Alors,  il y a une
   coïncidence si A a le même anniversaire que B, ou que C,... Ou encore
   si B a le même anniversaire que C, etc.
   Le problème de cette méthode,  c'est qu'il faut ensuite  calculer  la
   probabilité d'une union d'événements qui ne sont pas disjoints.
   Il faut faire  la somme des probabilités des évènements,  en  enlever
   la somme des intersections 2 à 2,  ajouter la somme des intersections
   3 à 3, etc. (c'est la formule de Poincaré). C'est long et pénible.


 b) A partir de quelle valeur de n cette probabilité dépasse-t-elle 1/2 ?
    La seule solution est de calculer la  probabilité  pour  différentes
    valeurs de n, et de rechercher la première valeur de P(n)  dépassant
    1/2. Cette valeur est 23. En effet, on trouve par le calcul:
       P(22)=0.4756953077
       P(23)=0.5072972343


 c) Les différentes méthodes de calcul pratique
    Si on veut calculer brutalement le nombre : 365! /((365-n)! * 365^n)
    avec une machine à calculer, on obtient un dépassement de capacité.
    Il faut donc réfléchir un peu pour faire le calcul, en tenant compte
    des possibilités informatiques.

 -- Si on dispose d'un logiciel de calcul mathématique, tel que Maple ou
    Mathématica, le problème de dépassement de capacité disparaît, et on
    utilise n'importe laquelle des expressions ci-dessus.
 -- Si on dispose d'une calculatrice programmable,  il est  possible  de
    programmer, avec une boucle, le calcul de l'expression :
         produit[1 - i/365 , pour i=0 à n-1]
    Comme cette programmation dépend de la calculatrice  et  du  langage
    utilisés, il est difficile d'en dire plus.
 -- Si l'on dispose d'un tableur, l'expression :
    produit[1 - i/365 , pour i=0 à n-1] est facile à calculer en faisant
    un tableau de taille n, avec 3 colonnes :
          une colonne pour i,
          une colonne pour 1 - i/365,
          une colonne pour le produit.
 -- Si l'on n'a qu'une calculatrice  scientifique,   il  est  nécessaire
    d'utiliser une approximation. Il faut remarquer que 
    produit[1 - i/365 , pour i=0 à n-1]
                          = exp(somme[log(1 - i/365) , pour(i=0 à n-1)])
    Or, si n est beaucoup plus petit que 365, on a :
                            log(1 - i/365) ~ -i/365
    Et comme la somme des n premiers entiers est égal à n*(n+1)/2.
    On a donc : produit[1 - i/365 , pour i=0 à n-1] ~ exp( -n*(n-1)/730)
    Cette approximation est relativement précise. Elle donne les valeurs
    suivantes pour P(22) et P(23),  ce qui donne  une réponse juste pour
    la question (2) malgré la très forte proximité de P(23) avec 1/2 :
       P(22) ~ 0.4689381108
       P(23) ~ 0.5000017522


 d) Probabilités inégales pour les dates de naissance
    Nous avons jusque là supposé  que  toutes  les  dates  de  naissance
    étaient de même probabilité. Que se passe-t-il si  on  se  passe  de
    cette hypothèse ?

    Les probabilités de coïncidence d'anniversaire sont augmentées. Cela
    paraît  assez  naturel  puisque,  si  ces  probabilités  sont   très
    concentrées,  par  exemple  sur  une  seule  date  dans  l'année, la
    probabilité de coïncidence se rapproche de 1.

    La difficulté de cette question tient au fait que l'on ne  peut  pas
    faire varier n'importe  comment  les  probabilités  des  différentes
    dates de naissance. En effet, il faut que la  somme  de  toutes  ces
    probabilités fasse 1.

    Notons p_i la probabilité de naissance le jour i et A l'ensemble des
    jours de l'année. Alors la probabilité de non-coïncidence est :
                 ______   _____
                 \         | | 
                  )        | |   p_i
                 /         | | 
                 ------  i dans S
                S inclus 
                dans A tel que
                card(S)=n

    On s'intéresse aux jours 1 et 2. Les ensembles de cardinal  n inclus
    dans A peuvent être classés en 3 catégories:
	les ensembles ne contenant ni 1 ni 2,
	les ensembles contenant 1 ou 2, mais pas les deux,
	les ensembles contenant 1 et 2.
    On note A' l'ensemble A, moins les éléments 1 et 2. 
    La somme ci-dessus peut être réécrite :
 _____  _____              _____  _____             _____  _____
 \       | |               \       | |              \       | | 
  )      | | p_i +(p + p )* )      | | p_i + p * p * )      | | p_i
 /       | |        1   2  /       | |        1   2 /       | | 
 -----  i dans S           -----  i dans S          -----  i dans S
S inclus                  S inclus                  S inclus
dans A' tel que           dans A' tel que           dans A' et que
card(S)=n                 card(S)=n-1               card(S)=n-2

    Supposons que p1 et p2 soient différents, et montrons que l'on  peut
    augmenter la probabilité de non-coïncidence.  On remplace p1  et  p2
    par (p1 + p2)/2.

    Le premier des 3 termes ci-dessus n'est pas modifié,  puisque  ni p1
    ni p2 n'y apparaissent. Le second non plus, car il ne dépend que  de
    p1+p2. En revanche, le troisième terme est augmenté, car on remplace
    p1*p2 par ((p1 + p2)/2)^2 qui est plus grand.

    Donc, si les p_i sont différents,  la probabilité de non-coïncidence
    n'est pas maximale.

    Par la suite, on démontre  qu'une fonction continue  sur un ensemble
    fermé borné atteint son maximum.  Or, l'ensemble des vecteurs formés
    de 365 probabilités,  dont la somme  fait 1,  est un  ensemble fermé
    borné. Donc le maximum de la probabilité de coïncidence est atteint.
    Il ne peut être atteint que si tous les pi sont égaux,  qui est donc
    le maximum.  Donc, la probabilité de non coïncidence est maximale si
    les probabilités de jours de naissance sont égales.

    Par conséquent,  si les probabilités sont égales,  la probabilité de
    coïncidence d'anniversaire est minimale.


5. Somme et produit de deux entiers.
   ---------------------------------

a) Enoncé.

 Un prof de maths  donne  un problème  à résoudre  à ses  deux meilleurs
 élèves, Pierre et Sophie.  Il donne à Pierre le produit de deux nombres
 entiers compris  (au sens large)  entre 2 et 100,  et à Sophie la somme
 des deux mêmes nombres,   puis il leur demande s'ils peuvent déterminer
 quels étaient les nombres de départ.

 Pierre: Non, je ne peux pas trouver ces deux nombres.

 Sophie: Je le savais.

 Pierre: Dans ce cas, je connais les deux nombres.

 Sophie: Alors moi aussi.

 Sachant que  les deux élèves  sont d'excellents logiciens  et que leurs
 quatre déclarations  étaient rigoureusement exactes,  saurez-vous  être
 aussi  futés  qu'eux,  et  trouver  les  deux  nombres  choisis  par le
 professeur ?

b) Commentaires.

 L'énoncé tel qu'il est présenté ici est le plus proche de ce qui est en
 général posé dans news:fr.sci.maths. Malheureusement, il lui manque des
 précisions importantes  sur ce que le prof de maths  dit  effectivement
 aux élèves.

 D'abord, il n'est pas précisé que Pierre sait que Sophie a la somme, et
 que  Sophie  sait  que  Pierre  a  le  produit.  Bon,  d'accord,  c'est
 « évident ».  Mais il y a un autre point qui semble  « évident »  alors
 qu'il est souvent source d'erreurs de raisonnement.

 Cet autre point,  c'est  que  l'on ne  sait pas  si  Pierre  et  Sophie
 connaissent  la valeur minimum  (2)  et   la valeur maximum  (100)  des
 nombres de départ. Pour ce qui est de la valeur minimum, il faut qu'ils
 la connaissent ; sinon, le problème est impossible  (par exemple, s'ils
 pensent  que les nombres commencent  à 1  au lieu de 2,  alors la seule
 solution serait  1 et 4,  qui ne rentre pas dans le cadre de l'énoncé).
 En ce qui concerne la valeur maximum, les deux cas sont possibles (soit
 ils connaissent  la limite,  soit  ils  ne la connaissent pas),  ce qui
 donne deux problèmes différents, intéressants tous les deux.

c) Solutions.

 Puisqu'il y a deux interprétations possibles de l'énoncé,  il y a aussi
 deux solutions  distinctes.  La première  (c.1)  suppose que  Pierre et
 Sophie savent que les nombres sont compris entre 2 et 100, alors que la
 seconde  (c.2)  suppose  qu'ils savent  seulement  que les nombres sont
 supérieurs ou égaux à  2.  Néanmoins,  la méthode utilisée  est la même
 dans les deux cas,  à savoir  prendre chacune des  4  affirmations dans
 l'ordre,  et en déduire des informations précieuses sur les sommes S et
 produits P possibles.

c.1) Solution dans le premier cas (valeur maximum connue, égale à 100).

 Pierre: Non, je ne peux pas trouver ces deux nombres.

 Ceci signifie  que  le produit  P  peut  se décomposer  d'au moins deux
 manières différentes en produit de deux nombres compris entre 2 et 100.
 Par exemple,  on pourrait avoir  P = 75, car ce produit se décompose en
 3*25  ou  5*15,  mais  on  ne  peut  pas  avoir  P = 77  car  alors  la
 décomposition serait unique : 7*11.

 Voici une liste  de valeurs  que  nous pouvons d'ores et déjà éliminer:
 - toute valeur inférieure à 4 ou supérieure à 10000
 - le produit de deux nombres premiers (par exemple 77 = 7*11)
 - le cube d'un nombre premier (par exemple 125 = 5*25)
 - le  double  du carré  d'un premier  plus grand que 10  (par  exemple,
   242 = 2*11*11 = 11*22 : la décomposition en 2*121 est impossible)
 - un multiple strict d'un nombre premier plus grand que 50 (par exemple
   318 = 6*53)
 - le produit  du carré  d'un premier  plus grand que  10  par un nombre
   premier  (par exemple  242 = 2*11*11 = 11*22 ;  la  décomposition  en
   2*121 est impossible)
 - et bien d'autres...

 ---

 Sophie: Je le savais.

 Ceci signifie que la somme  S  ne peut pas s'écrire comme somme de deux
 nombres dont le produit aurait été éliminé dans l'étape précédente.
 
 Par exemple,  la somme 11 convient car tous les produits possibles sont
 "non uniques" :
  11 = 2+9 ; 2*9 = 18 = 3*6
  11 = 3+8 ; 3*8 = 24 = 2*12 = 4*6
  11 = 4+7 ; 4*7 = 28 = 2*14
  11 = 5+6 ; 5*6 = 30 = 2*15 = 3*10

 En revanche, la somme 13 ne convient pas car :
  13 = 2+11 ; 2*11 = 22 (pas d'autre décomposition)

 Par conséquent,  on peut commencer  par éliminer  toutes  les sommes de
 deux  nombres  premiers.  Vous pouvez  vérifier  que cela élimine  déjà
 toutes  les sommes  paires  (ceci a été conjecturé par Goldbach dans le
 cas général, et vérifié par ordinateur sur beaucoup plus de nombres que
 ce  dont  on a besoin pour résoudre  ce problème).  Pour ce qui est des
 sommes impaires,  on élimine celles qui sont égales à un nombre premier
 plus 2: 5 (3+2), 7(5+2), 9(7+2), 13 (11+2), etc.

 Après ce premier débroussaillage,  il  nous  reste les sommes  qui sont
 égales  à un nombre composé impair plus 2 : 11 (3*3 + 2), 17 (3*5 + 2),
 23 (3*7 + 2), 27 (5*5 + 2), 29, 35, 37, 41, 47, 51, 53, 57, 59, etc.

 Nous pouvons  aussi  supprimer  toutes  les sommes  S  à partir de  57,
 puisque :
  si 57 <= S <= 153, on peut écrire S = 53 + n, avec 4 <= n <= 100,
  si 155 <= S <= 197, on peut écrire S = 97 + n, avec 58 <= n <= 100,
  si S = 199, on peut écrire S = 100 + 99.
 Dans chacun de ces trois cas,  le produit P correspondant  (soit 53*n,
 soit 97*n, soit 100*99) a une décomposition unique.

 On peut  enfin supprimer  la somme  S = 51 = 17 + 34,  car  le produit
 P = 17*34 n'a pas d'autre décomposition.

 Voici  donc  la liste exhaustive des sommes possibles à cette étape du
 raisonnement, avec pour chaque somme la liste des produits possibles.

  11 : 18 24 28 30
  17 : 30 42 52 60 66 70 72
  23 : 42 60 76 90 102 112 120 126 130 132
  27 : 50 72 92 110 126 140 152 162 170 176 180 182
  29 : 54 78 100 120 138 154 168 180 190 198 204 208 210
  35 : 66 96 124 150 174 196 216 234 250 264 276 286 294 300 304 306
  37 : 70 102 132 160 186 210 232 252 270 286 300 312 322 330 336 340
       342
  41 : 78 114 148 180 210 238 264 288 310 330 348 364 378 390 400 408
       414 418 420
  47 : 90 132 172 210 246 280 312 342 370 396 420 442 462 480 496 510
       522 532 540 546 550 552
  53 : 102 150 196 240 282 322 360 396 430 462 492 520 546 570 592 612
       630 646 660 672 682 690 696 700 702

 ---

 Pierre: Dans ce cas, je connais les deux nombres.

 Pour que Pierre puisse faire cette affirmation, il faut que le produit
 P  se trouve une fois  et  une seule  dans  la liste  que  nous venons
 d'écrire. Cela élimine donc les produits P = 30 (S = 11 ou 17), P = 42
 (S = 17 ou 23), etc. Il reste:

  11 : 18 24 28
  17 : 52
  23 : 76 112 130
  27 : 50 92 110 140 152 162 170 176 182
  29 : 54 100 138 154 168 190 198 204 208
  35 : 96 124 174 216 234 250 276 294 304 306
  37 : 160 186 232 252 270 336 340
  41 : 114 148 238 288 310 348 364 378 390 400 408 414 418
  47 : 172 246 280 370 442 480 496 510 522 532 540 550 552
  53 : 240 282 360 430 492 520 570 592 612 630 646 660 672 682 690 696
       700 702

 ---

 Sophie: Alors moi aussi.

 Pour que Sophie  puisse dire cela,  il  faut qu'il ne reste plus qu'un
 seul  produit  correspondant  à la somme qu'elle connaît.  Ceci  n'est
 réalisé  que si la somme est  17,  auquel cas le produit est  52.  Les
 nombres de départ sont donc 4 et 13.

c.2) Solution dans le second cas (valeur maximum inconnue).

 Pierre: Non, je ne peux pas trouver ces deux nombres.

 Ceci signifie que le produit n'est pas le carré ou le cube d'un nombre
 premier,  ni le produit de deux nombres premiers. Nous ne pouvons rien
 en déduire de plus pour le moment.

 ---

 Sophie: Je le savais.

 Comme dans le premier cas,  nous pouvons éliminer toute somme paire et
 toute somme d'un nombre premier avec  2,  et  il nous reste les sommes
 égales à un nombre composé impair  plus  2.  Contrairement  au premier
 cas,   nous  ne  pouvons   éliminer  aucune  autre  somme.   La  liste
 (incomplète) des sommes et produits possibles est la suivante:

  11 : 18 24 28 30
  17 : 30 42 52 60 66 70 72
  23 : 42 60 76 90 102 112 120 126 130 132
  27 : 50 72 92 110 126 140 152 162 170 176 180 182
  29 : 54 78 100 120 138 154 168 180 190 198 204 208 210
  35 : 66 96 124 150 174 196 216 234 250 264 276 286 294 300 ...
  37 : 70 102 132 160 186 210 232 252 270 286 300 312 322 330 ...
  41 : 78 114 148 180 210 238 264 288 310 330 348 364 378 390 ...
  47 : 90 132 172 210 246 280 312 342 370 396 420 442 462 480 ...
  ...

 ---

 Pierre: Dans ce cas, je connais les deux nombres.

 Comme tout-à-l'heure,  nous éliminons les produits  P  qui se trouvent
 plus d'une fois dans la liste. Il reste  (liste exhaustive pour toutes
 les sommes inférieures à 200) :

  11  : 18 24 28
  17  : 52
  23  : 76 112
  27  : 50 92 140 152 176
  29  : 54 100 208
  35  : 96 124 216 304
  37  : 160 232 336
  41  : 148 288 400
  47  : 172 280 496
  51  : 98 144 188 308 344 608 620 644
  53  : 520 592
  57  : 212 260 392 656 800
  59  : 220 688
  65  : 244
  67  : 192 472 1116
  71  : 268 448 880
  77  : 292 832 976
  79  : 228 568 1504
  83  : 316 1072 1216
  87  : 332 632 836 1136 1340 1472 1880
  89  : 1168
  93  : 356 1040 1856 1952
  95  : 1264 1984
  97  : 712 1296
  101 : 388 1144 2368 2440
  107 : 412 2752
  113 : 436 1552
  117 : 452 872 1616 3392
  119 : 1648 2728
  121 : 904 2848
  123 : 242 476 1712 3440 3776
  125 : 484 1744 3904
  127 : 1776
  131 : 384 508 3784 4288
  135 : 266 524 896 1016 1904 2996 3296 3956 4544
  137 : 4672
  143 : 556 2032 4120 5056
  145 : 1096 2176 3616
  147 : 290 1112 1496 2096 2432 3680 4280 5312
  155 : 604 2224
  157 : 1192 3712
  161 : 628 2320 6208 6424
  163 : 4192
  167 : 652 2416 5080 6592
  171 : 338 668 1304 2480 2888 3020 3404 3888 4448 5240 5504 6848 6968
        7100 7304
  173 : 2512 6976
  177 : 692 3140 7232
  179 : 2608
  185 : 724
  187 : 1432 7552
  189 : 374 1448 2768 2924 5024 5624 7208 7448 7808
  191 : 8128
  197 : 772 2896

 ---

 Sophie: Alors moi aussi.

 Ici encore,  il doit rester  un  seul produit sur la ligne de la somme
 correspondant à ce qu'a  Sophie.  Là encore,  les nombres 4 et 13 sont
 solution  (S=17,  P=52),  mais ce ne sont plus les seuls.   Les autres
 solutions sont:  4 et 61 (S=65, P=244), 16 et 73 (S=89, P=1168), 64 et
 73 (S=137, P=4672).  Bien évidemment, on ne tiendra pas compte des cas
 où l'un des nombres est plus grand que 100,  par exemple pour S=127 et
 P=1776: les nombres seraient 16 et 111.


6. Les deux échelles.
   ------------------

a) Enoncé.

Deux échelles se croisent dans une cour rectangulaire.  Les échelles
mesurent respectivement 10 et 14m.  Vues de côté, elles se croisent à 5m
du sol. On suppose les échelles droites et sans épaisseur.
Quelle est la largeur de la cour ?

b) Solution.

On appelle :
- BF l'échelle qui va du haut à gauche au bas à droite (B en haut à
  gauche) ;
- EA l'échelle qui va du bas à gauche au haut à droite (E en bas)
- I le point d'intersection des deux échelles,
- H la projection orthogonale de I sur le sol.

             |             |A
             |            /|
             |           / |
             |          /  |
             |         /   |
             |        /    |
            B|       /     |
             |\_  I /      |
             |  \_ /       |
             |    \_       |
             |   /| \_     |
             |  / |   \_   |
             | /  |     \_ |
            E+/---|-------\+F
                  H
On pose :
AF = x ; EF = y ; BE = z ;
AE = a ; BF = b ; IH = c ;

On applique le théorème de Pythagore dans le triangle FAE rectangle en F.
AF^2 + EF^2 = AE^2. C'est à dire : x^2 + y^2 = a^2.

On applique le théorème de Pythagore dans le triangle FEB rectangle en E.
EF^2 + BE^2 = BF^2. C'est à dire :  y^2 + z^2 = b^2.

On applique le théorème de Thalès avec les parallèles (BE), (IH) et (AF).
c/x + c/z = EH/EF + HF/EF = (EH + HF)/EF = 1, d'où c/z = (x-c)/x

Il vient donc : x^2 - z^2 = a^2 - b^2  et z = c*x/(x-c)
Et puis : x^2 - (c*x/(x-c))^2 = a^2 - b^2

ce qui conduit à
x^4 - 2 * c * x^3 - (a^2 - b^2) * x^2 +2 * c * (a^2-b^2) * x
                                                    - c^2 * (a^2-b^2)=0
Cette équation de degré 4 se résout par radicaux ou de manière approchée
avec tout outil de calcul.

On a ensuite : y = sqrt(a^2 - x^2).

On a ici : a = 14, b = 10, c = 5, d'où l'équation :
               x^4 - 10 * x^3 - 96 * x^2 + 960 * x - 2400 = 0

Et donc :
x = 12.78405 avec un outil de calcul
Puis y = sqrt(a^2-x^2) = 5.706842.


7. La cuve de vin.
   ---------------

Problème :
  Du vin est placé dans une cuve cylindre horizontale de longueur L est
  de rayon R. On mesure la hauteur h de vin dans la cuve, et on veut en
  déduire le volume v de vin.
  
Une solution :
  On peut s'en sortir avec un peu de calcul intégral. Si l'on considère
  un axe vertical dont l'origine est placée à la hauteur du centre du
  cylindre, alors la section du cylindre à la hauteur z a pour aire
  a(z) = 2*sqrt(R^2-z^2)*L.
  Par conséquent, on a : v = int(-R..h-R, a(z)dz)
  
  L'intégrale se calcule par le changement de variable z = R*sin t. On a
  alors successivement, en notant x = h/R - 1 (x=-1 lorsque la cuve est
  vide, x=0 à mi-hauteur et x=1 quand elle est pleine) :
  
  v = int(-pi/2..Arcsin x, 2L*R^2*cos^2 t dt)
  v = L*R^2*int(-pi/2..Arcsin x, (1+cos 2t)dt)
  v = L*R^2*[Arcsin x + sin(2*Arcsin x) - (-pi/2 + sin(-pi)]
  
  Finalement, si l'on appelle v0 = pi*R^2*L le volume total de la cuve,
  on obtient le taux de remplissage :
  
  v/v0 = [Arcsin x + x*sqrt(1-x^2) + pi/2]/pi, ou plus simplement
  v/v0 = [x*sqrt(1-x^2) + Arccos(-x)]/pi
  
  Voici quelques valeurs :
    x   -1.00 -0.75 -0.50 -0.25  0.00  0.25  0.50  0.75  1.00
  v/v0     0%    7%   20%   34%   50%   66%   80%   93%  100%
  
  À noter que la formule ne s'inverse pas simplement (i.e. il n'y a pas
  d'expression élémentaire de h en fonction de v), donc si c'est le niveau
  de vin que l'on cherche, le plus simple est de résoudre l'équation
  numériquement. On trouve par exemple :
  
  v/v0    10%   20%   30%   40%   50%   60%   70%   80%   90%
    x   -0.69 -0.49 -0.32 -0.16 -0.00  0.16  0.32  0.49  0.69


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V Questions fondamentales.
  ========================

1. Les nombres premiers.
   ---------------------

  Définition :
   - Un nombre premier est un entier possédant exactement  2  diviseurs.
     (ces deux diviseurs sont donc 1 et lui-même).

  A noter que la définition de nombre premier exclut 1. Admettre 1 comme
  nombre premier rendrait  faux  l'important  "Théorème  fondamental  de
  l'arithmétique" qui dit qu'il existe une unique  manière  d'écrire  un
  nombre entier supérieur à 1 comme produit de  nombres  premiers  (sans
  prendre en compte l'ordre de la multiplication).

 a) En existe-t-il une infinité ?

    Oui.  En voici une démonstration par l'absurde.  Noter  qu'après  le
    Théorème de Pythagore, c'est sûrement le résultat mathématique  pour
    lequel on connaît le plus de démonstrations différentes.

    Supposons qu'il n'en  existe  qu'un  nombre  fini  n,  qui  seraient
    p_1, p_2,..., p_n. Le produit p_1*...*p_n est divisible  par  chacun
    de ces premiers p_1,..., p_n. Cela signifie que p_1*...*p_n+1  n'est
    divisible par  aucun  d'entre  eux.  Donc  le  plus  petit  diviseur
    (excepté 1) de ce nombre, qui est forcément un nombre premier, n'est
    ni p_1, ni p_2,..., ni p_n.  Notre  liste  ne  peut  donc  pas  être
    complète, il doit donc exister une  infinité  de  nombres  premiers.

 b) Quel est le plus grand que l'on connaisse ?

|    Actuellement (attention, les records tombent vite!), le plus grand
|    nombre premier connu est 2^6972593 - 1 qui a été découvert en 1999
|    par Hajratwala, Woltman et Kuyrowski. Il a 2098960 décimales. Ce
|    nombre est le trente-huitième nombre de Mersenne.
|    (Source| : http://www.utm.edu/research/primes/largest.html)


 c) Polynôme donnant l'ensemble des nombre premiers.

    Il existe un  polynôme à coefficients entiers à 26 variables tel que
    l'ensemble des nombres premiers coïncide avec l'ensemble des valeurs
    **positives** prises par P(a,b,c,...x,y,z) lorsque les 26  variables
    a,b,c,...,x,y,z parcourent N.

    Ce polynôme s'écrit:
P(a,b,...,y,z) = (k+2) * {1 - [wz+h+j-q]^2 - [(gk+2g+k+1)(h+j)+h-z]^2
              - [2n+p+q+z-e]^2 - [16((k+1)^3)(k+2)((n+1)^2) + 1 - f^2]^2
              - [(e^3)(e+2)((a+1)^2) +1 -o^2]^2 - [(a^2-1)(y^2)+1-x^2]^2
              - [16(r^2)(y^4)(a^2-1) +1 -u^2]^2 - [((a+(u^2)
                 (u^2-a))^2-1)(n+4dy)^2+1-(x+cu)^2]^2 - [n+l+v-y]^2
              - [(a^2-1)l^2+1-m^2]^2 - [ai+k+1-l-i]^2
              - [p+l(a-n-1)+b(2an+2a-n^2-2n-2)-m]^2 -[q+y(a-p-1)
              + s(2ap+2a-p^2- 2p-2)-x]^2-[z+pl(a-p)+t(2ap-p^2-1)-pm]^2}

    Rendre P(a,...,z) positif revient à annuler simultanément chacun des
    crochets dans le   " long "  facteur  {1 - [...]^2 - ... - [...]^2}.
    Ce facteur se réduit alors à 1,  tandis  que  les  conditions  ainsi
    imposées à  k  font  que  le  facteur  " court ",  à  savoir  (k+2),
    est premier.

    On  peut  lire  dans  "  l'Abrégé  d'Histoire  des  Mathématiques  "
    de Jean Dieudonné (pages 232 et suivantes) l'existence d'un polynôme
    à 21 variables ayant  la même forme  et  les mêmes propriétés que le
    polynôme déjà cité.

    Pour ceux qui voudraient s'initier  à  ce  genre  de  mathématiques,
    On peut lire:
  --  l'article "Diophantine Decision Problems",
      de la regrettée Julia Robinson, pages 76 à 116
      du livre "Studies in Number Theory", volume 6 des MAA Studies
      in Mathematics, édité (au sens scientifique du terme)
      par W.J. LeVeque.
  --  "Little book of big primes" de Paulo Ribenboim.
  --  "book of prime numbers records"

  Annexe:  Dans  le  même  ordre  d'idée  il  existe  un  polynôme  dont
     les  valeurs  positives  donnent   les   nombres   de   Fibonacci :
     f(x,y) = 2 x(y^4) + (x^2)(y^3) - 2(x^3)(y^2) - (y^5) - y(x^4) + 2 y


 d) Nombres de Mersenne et nombres premiers.

    Au sujet du projet GIMPS (Great Internet Mersenne Prime Search),  ce
    projet consiste à chercher le plus  grand  nombre  premier  sous  la
    forme d'un nombre de Mersenne (Les  nombres  de  Mersenne  sont  les
    nombres premiers du type  2^p - 1  où p est lui-même premier).

    Le  38ième nombre de Mersenne a  été  trouvé  le 1er  juin  1999 par
    l'équipe de Nayan Hajratwala,  George Woltman et Scott Kurowski.  il
    s'agit  de  2^6972593 - 1.  Ce nombre  compte  2,098,960  décimales.
    Trouverez vous le 39ième nombre de Mersenne ?
    Vous pouvez vous aussi participer  à  ce  grand  projet  en  faisant
    tourner  sur  votre  machine  (quelle que  soit  la  plateforme)  le
    programme qui a été développé pour ce projet. C'est un programme que
    vous pouvez faire tourner en tâche de fond et qui utilise les cycles
    CPU non utilisés (donc cela ne ralentira pas votre ordinateur).
    C'est un projet de recherche à plusieurs qui utilise  les  résultats
    fournis par les 4200  participants  pour  déterminer  quels  nombres
    restent à tester,... C'est un projet qui se fait  en  collaboration,
    celui qui a la chance de  trouver  un  nombre  de  Mersenne  inscrit
    définitivement son nom  dans l'histoire des maths... (et gagne aussi
    10 000 $ je crois, mais j'espère que  vous  ne  ferez  pas  ça  pour
    l'argent).

    Plus de renseignements sur: http://www.mersenne.org/prime.htm
    ou en français (miroir officiel) sur:
    http://wwwusers.imaginet.fr/~fcrevola/mersenne/prime.htm



2. Pi.
   ---

 a) Algorithmes de calculs de décimales.
    C'est Archimede (en 225 avant JC) qui calcula le premier algorithme
    sur les décimales de Pi.
    Petit  texte de 60 pages avec bibliographie sur les formules
    et algorithmes pour calculer Pi, disponible au format Postscript et
    Pdf :
    http://www.multimania.com/~gersoo/docs/pi/pi.ps.gz
    http://www.multimania.com/~gersoo/docs/pi/pi.pdf
    
 b) l'algorithme de Bailey, Borwein et Plouffe ?
    C'est pour calculer pi en base 16 (il y a une version en base 10,
    mais beaucoup plus lente). L'intérêt, c'est qu'on peut calculer un
    chiffre sans devoir déterminer tous les précédents.
    Voir par exemple les pages web suivantes :
    http://www.lacim.uqam.ca/plouffe/Simon/PourLaScience.html
    http://www.cecm.sfu.ca/pi/
    http://www.wri.com/~victor/articles/pi/pi.html
    http://www.mathsoft.com/asolve/plouffe/plouffe.html
    http://www.joyofpi.com

    J.P. Delahaye a écrit un très  beau  livre  sur  le sujet:
    "Le Fascinant nombre Pi" aux éditions Belin - Pour la science.



3. Le grand théorème de Fermat.
   ----------------------------

 a) Enoncé.
    Le  " grand "  ou  " dernier "  théorème   de   Fermat   dit   ceci:
    alors qu'il  existe  des  carrés  qui  sont  somme  de  deux  carrés
    (par exemple 5² = 3² + 4², 13² = 12² + 5²), il n'existe  aucun  cube
    (non   nul)   qui   soit   somme   de   deux   cubes   (non   nuls).
    De même, il n'existe aucune puissance quatrième qui  soit  somme  de
    deux puissances quatrièmes (non nulles), etc.
    En général, pour n > 2, il n'existe aucun triplet (x, y, z)
    d'entiers non nuls, tels que x^n + y^n = z^n.

    C'est à dire, traduit en langage mathématique :
    pour n > 2 l'équation  x^n + y^n = z^n  n'a pas de  solution entière
    non triviale.

 b) Histoire liée au théorème.

    Contrairement au petit théorème, il s'agit d'un résultat extrêmement
    difficile, dont Fermat n'a pas publié de démonstration, et qu'il n'a
    probablement  pas  démontré.  Fermat   n'a   même   jamais   affirmé
    publiquement l'avoir démontré. Il écrivit dans une marge du livre II
    des Oeuvres de Diophante:

    " j'ai découvert une démonstration merveilleuse, mais je  n'ai  pas
      la place de la mettre dans la marge ".

    Le livre et cette annotation ont été publiés après sa mort, par  son
    fils.

    En dépit de la simplicité de son énoncé, ce théorème  est  tellement
    difficile à prouver que les  plus  grands  mathématiciens  s'y  sont
    cassé les dents pendant 358 ans  exactement,  d'après  le  livre  de
    Simon Singh. On notera cependant, que :

 -> Euler (1707-1783) le démontre pour n = 3 et ses multiples
 -> Legendre (1752-1833) pour n = 5
 -> Kummer (1810-1893) pour tout n tel que 2<n<100

    En 1993, une démonstration est enfin publiée:
    celle d'Andew Wiles (1953-).

 c) Références.
    Voici une page bien documentée sur le sujet (Warning in english!)
    http://www.best.com/~cgd/home/flt/flt01.htm

    Simon Singh a écrit un très beau livre :
    "Le dernier Théorème de Fermat" aux éditions JC Lattès,
    à partir d'un documentaire qu'il devait réaliser sur le sujet
    pour la BBC. C'est principalement un roman.

    Il y a aussi le livre de Yves Hellegouarch :
    "Invitation aux mathématiques de Fermat-Wiles" aux éditions  Masson,
    très bien fait, mais demandant un niveau  licence  ou  maîtrise   de
    mathématiques, pour en comprendre toutes les finesses.



4. La conjecture de Syracuse.
   --------------------------

a) Présentation de la conjecture.
   Le problème de la conjecture de Syracuse,   également connue sous les
   noms de problème   de Collatz,   Kakutani,  ou Ulam,   se présente de
   manière très simple.
   On  se  donne  une entier naturel n plus grand que 1.  S'il est pair,
   on le divise par deux, s'il est impair, on le multiplie par 3  et  on
   lui ajoute 1 (ce qui revient à lui appliquer la fonction x |-> 3x+1).
   On   >conjecture<  que l'on finit toujours par trouver la valeur 1 au
   fil des calculs,   valeur à partir de laquelle on restera bloqué dans
   le cycle 1-4-2-1-...

   Cependant,  le fait que l'on retrouve toujours 1 n'a pas été démontré
   et  même  si on est  presque  sûr que cela est vrai,  quel  que  soit
   l'entier n choisi au départ,  il  n'est  pas exclu  qu'il  existe  un
   entier n ne vérifiant pas cette propriété, d'où le nom de :
   >conjecture< de Syracuse.

   Depuis  plusieurs  dizaines  d'années,  ce  problème  est  activement
   étudié par les mathématiciens, mais n'a pas encore été résolu.
   Les recherches ont  cependant bien avancé,  comme nous allons le voir
   plus loin.

b) Une métaphore éclairante.
   Comment souvent, les mathématiciens,  en travaillant sur ce problème,
   ont senti que certaines idées  étaient récurrentes etont introduit un
   vocabulaire adapté pour décrire les phénomènes étudiées.
   Imaginons que l'on vérifie la propriété pour n=15. On obtient :
   46, 23, 70, 35, 106, 53, 160, 80, 40, 20, 10, 5, 16, 8, 4, 2, 1.

   On appelle cette suite finie d'entiers le VOL, ou la  TRAJECTOIRE  de
   15.  Il  faut  imaginer  une  représentation  de  cette  suite sur un
   graphique,  l'axe  des  abscisses  figurant l'indice de chaque entier
   dans la suite,  l'axe des ordonnées indiquant l'entier correspondant.

   On appelle ETAPE, un nombre de cette suite finie.  Ici,  par exemple,
   80 est une étape du vol de 15.
   Si la conjecture est vraie,  on  remarque  que  la  suite atteint une
   étape maximale,  appelé  ALTITUDE  MAXIMALE du vol.  Ici,  l'altitude
   maximale était 160.

   On définit également la  DUREE de chaque vol comme le nombre d'étapes
   à franchir avant d'arriver pour la première fois au chiffre 1,  et la
   durée de  VOL  EN  ALTITUDE   comme la durée entre le moment où le
   vol commence, et celui où il repasse sous sa valeur initiale.

c) Des avancées intéressantes.
   A partir de là, il est plus facile de comprendre les dernières
   avancées dans la résolution du problème. Il a été ainsi démontré que
   chacune des propositions suivantes était équivalente à l'énoncé de
   la conjecture de Syracuse elle-même :

   (1) Tout vol a une durée finie
   C'est en gros l'énoncé de la conjecture en elle-même.

   (2) Tout vol est de durée en altitude finie
   En effet, si ceci est vrai, alors on conclut sur notre problème par
   récurrence. Pour n=2 on finit par retomber sous 2, c'est à dire à 1.
   Supposons que n et tous les entiers plus petits quelui vérifient la
   conjecture. Démontrons que c'est alors le cas de n+1 :
   Le vol n+1 a une durée en altitude finie, donc, au cours des
   calculs, on arrive à n, ou à un entier inférieur, que l'on note i.
   Mais i vérifie la conjecture, donc il aboutit au cycle 4-2-1. Ainsi
   n+1 aboutit-il aussi à ce cycle. Réciproquement, si la conjecture
   est vraie, la propriété (2) est bien entendue vraie.

   (3) Tout vol a un nombre fini d'étapes paires (resp. impaires)
   On considère le vol n. Après un certain nombre d'étapes, on atteint
   un dernier nombre pair. On le divise par deux, et on obtient un
   impair. Mais, si on applique x -> 3x+1 à cet impair, on obtiendra un
   pair, ce qui contredit le fait qu'on ait dépassé les dernier pair, 
   sauf si le nombre impair que l'on vient de trouver est 1.
   Alors on s'arrête dans les calculs, et n vérifie la conjecture, qui
   de ce fait est vraie.

   (4) Tout vol a un nombre fini d'étapes paires (resp. impaires) en
       altitude
   Démonstration analogue.

   Les mathématiciens désespèrent quant au fait de démontrer 
   directement la conjecture elle-même, et pensent qu'il est moins
   difficile de montrer que l'une de ces propriétés, équivalentes au
   problème, est vraie.

   On sait par ailleurs montrer que la propriété est vraie pour un très
   grand nombre d'entiers. On considère par exemple n = 4*k + 1.
   En effectuant les calculs, on trouve qu'il devient 12*k+4, 6*k+2,
   3*k+1, ce dernier entier étant plus petit que n.
   Pour n = 4*k, on descend sous n dès la première étape du calcul. De
   même que pour 4k + 2.
   Il suffirait donc de pouvoir montrer que 4k+3 a lui aussi une durée
   de vol en altitude finie pour conclure que la conjecture est vraie !
   On peut affiner ce type de démonstration. En travaillant avec les
   entiers du type 65536*k + i (avec i compris entre 0 et 65535), tous
   les cas aboutissent sauf 1729 cas, donc il ne reste que 2,6% des
   nombres à étudier.

   Des développements plus récents ont montré que pour n assez grand,
   il existait une constante alpha telle que au moins n^alpha des
   entiers inférieurs à n possèdent la propriété de Syracuse.
   En 1995, J. Lagarias et D. Applegate démontrèrent ce résultat pour
   la constante alpha=0,81. Mais leurs calculs furent menés avec des
   ordinateurs et sont invérifiables à la main.

d) Les records établis
   Les records enregistrés au fur et à mesure des recherches ont été
   soigneusement consignés.

   C'est à  T. Oliveira e Silva que l'on doit les records les plus
   récents et les plus significatifs. Les records suivants proviennent
   de sa page web :

   Le plus grand nombre testé est : 77 * 2^50 = 86694292826882048.
   La conjecture a été vérifiée par deux fois avec des ordinateurs
   jusqu'à n = 2^51 = 2251799813685248.
   Le record de l'altitude maximale est tenu par le vol 
   82450591202377887, qui atteint l'entier :
   875612750096198197075499421245450.

   D'autres records, datant de 1998 et sans doute améliorés depuis :
   Celui de vol de durée record en vol est celui du vol
   100759293214567, de durée 1820 (c'est assez faible, on aurait pu
   croire que des entiers résisteraient plus).
   Enfin celui de durée en altitude record est le vol 70665924117439,
   dont la durée en altitude est de 1177 étapes.

e) Données heuristiques et indécidabilité du problème
   Si l'on étudie la façon dont les entiers évoluent en terme de parité
   au cours d'un calcul de Syracuse, on peut avoir une idée de son 
   temps de vol.. Ainsi, si l'on obtient souvent des nombres pairs,
   ils vont être divisés par deux, et on arrivera plus rapidement à 1
   (en admettant qu'on arrive toujours à 1).
   En tenant compte du fait qu'un nombre impair donne un nombre pair et
   que ce dernier va être divisé par deux ensuite, et qu'il y a dans
   l'ensemble des entiers naturels autant de pairs que d'impairs, on
   estime, au moyen d'un calcul probabiliste, qu'un entier donné est en
   moyenne multiplié par 3/4 lorsqu'on effectue une étape du calcul.
   Ceci tend à confirmer la conjecture. Expérimentalement, ce résultat
   de 3/4 est très bien confirmé, et le modèle statistique semble
   performant.

   Cependant, certains mathématiciens sont arrivés à se poser la
   question de l'indécidabilité du problème. Ils ont proposé quelques
   extensions du problème : autoriser les entiers négatifs, ou
   remplacer 3x+1 quand x est impair par qx+1 avec q un entier impair
   donné. Pour certaines valeurs de q>3, la conjecture n'est pas vraie.

   Mais c'est J. Conway qui a semé le doute. Plutôt que de ce demander
   si un entier donné, au cours du calcul, était pair ou impair, c'est
   à dire avait 0 ou 1 pour reste par la division euclidienne par 2,
   il s'intéresse au reste par la division euclidienne par un entier p
   et propose alors p formules à employer pour effectuer les calculs
   selon ce que ce reste soit 0, 1, 2, .., ou p-1. Il a montré que si
   alors on étendait la conjecture de Syracuse, on arrivait à un
   problème indécidable.


   Finalement, on a vu que beaucoup de résultats tendent à nous faire
   penser qu'il est >presque< impossible que la conjecture soit fausse.
   Cependant, il est arrivé dans l'histoire que les mathématiciens
   aient une telle intuition très forte en faveur d'une conjecture et
   qu'elle soit en fait fausse. Les résultats de J. Conway montrant que
   des problèmes très similaires sont indécidables incitent donc à la
   prudence !

f) Bibliographie
   "La conjecture de Syracuse", par Jean-Paul Delahaye 
      in: _Pour La Science_ N°247 de mai 1998.

   Et sur le web :
   "On the 3x+1 problem" par  Eric Roosendaal à l'adresse :
      http://oldpersonal.computrain.nl/eric/wondrous/
   "3x+1 search results" par T. Oliveira e Silva
     http://www.inesca.pt/~tos/3x+1.html



5. Les cardinaux des ensembles infinis - Partie I.
   -----------------------------------------------

 a) Avertissement

Le sujet est vaste  et  peut  intéresser  des  gens  de  niveaux  divers
(à partir du lycée et bien au-delà).  C'est  pourquoi  cet  article  est
découpé en 2 parties.  La  première  s'adresse  au  niveau  pré-bac,  la
seconde est accessible à partir du DEUG, environ.
Dans la première  partie,  l'accent  est  mis  sur  la  "vulgarisation",
parfois au détriment de  la  rigueur :  pour  éviter  des  complications
techniques, certaines démonstrations sont  "un  peu  fausses",  tout  en
donnant l'idée principale de  la  méthode.  Chaque  fois  que  c'est  le
cas, c'est signalé, et on peut se reporter  à  la  seconde  partie  pour
trouver une démonstration (à priori) rigoureuse.
La seconde partie complète la première, avec des outils  plus  abstraits
et  plus  puissants.  Elle  s'efforce  à  la  rigueur,  mais  elle  peut
comporter des erreurs ou imprécisions.


Merci  enfin  à  David  Madore  (David.Madore@ens.fr),  spécialiste   du
sujet, d'avoir corrigé et complété une première mouture de cet  article.
Merci également à tous les lecteurs de fr.sci.maths  qui  m'ont  indiqué
des corrections diverses.


Rappel : N : ensemble des entiers naturels          = {0,1,2,3,...}
         Z : ensemble des entiers relatifs (signés) = {...,-1,0,1,...}
         Q : ensemble des nombres rationnels (fractions)
         R : ensemble des nombres réels
         C : ensemble des nombres complexes
L'étoile signifie que l'ensemble est privé de 0 (N*={1,2,3,...}).

Voici d'abord les résultats essentiels, qui seront suivis  par  quelques
explications :
_ N, Z, Q  ont autant d'éléments
_ R, C     ont autant d'éléments
_ Les 3 premiers ont moins d'éléments que les 2 derniers.

La notion de cardinal étend  la  notion  de  nombre  aux  infinités,  de
façon  à  ce  que  l'on   puisse   comparer   les   ensembles   infinis.
Voici comment.

 b) Cardinal d'un ensemble fini

Pour un ensemble fini, le  cardinal  est  une  notion  intuitive,  c'est
simplement le nombre  d'éléments  de  l'ensemble.  Il  appartient  à  N.
Ex : Card {1,2,3} = 3 = Card {6,15,28}

(*) Opérations sur les cardinaux (finis) :
    --------------------------------------
(1) Si A et B sont deux ensembles finis *disjoints* alors
    Card (A Û B) = Card A + Card B
    où Û désigne l'union disjointe.

Ex : A = {1,2,3}     Card A = 3
     B = {8,9}       Card B = 2
     A Û B = {1,2,3,8,9}  Card(A Û B) = 5 = 3+2.

(2) Si A et B sont deux ensembles finis, alors
    Card (A × B) = (Card A) . (Card B)
    où A × B désigne le produit cartésien des ensembles A et B.

Ex : A = {1,2,3}  Card A = 3
     B = {a,b}    Card B = 2
     A × B = { (1,a), (1,b), (2,a), (2,b), (3,a), (3,b) }
     Card (A × B) = 6 = 3x2.

(3) Si A est un ensemble fini on note P(A) l'ensemble des parties de  A,
    c'est a dire l'ensemble des sous-ensembles de A.
    alors Card P(A) = 2^(Card A)
En effet : pour constituer une partie B de A, il y a un choix à
           faire pour chaque élément de A : soit on le met dans B,
           soit on ne l'y met pas (2 possibilités).
           S'il y a n éléments dans A, cela donne 2^n possibilités
           pour B, soit 2^n parties différentes.

Ex : A = {1,2,3}  Card A = 3
     P(A) = { Ø, {1}, {2}, {3}, {1,2}, {2,3}, {1,3}, {1,2,3} }
     Card P(A) = 8 = 2^3

Ce sont ces propriétés (1), (2), (3) qu'on va  vouloir  généraliser  aux
ensembles infinis.

                               -----

Pour un ensemble infini,  l'intuition  ne  s'applique  plus  :  il  faut
recourir à des définitions formelles.  C'est  Cantor  qui,  le  premier,
a fourni  un  système  cohérent  permettant  de  traiter  les  ensembles
infinis.

 c) Définition rigoureuse d'un ensemble infini :

Une bijection f entre 2 ensembles E et F est une  application  qui  fait
correspondre  à  chaque   élément  de  E  un   unique   élément   de   F
et inversement.

S'il existe une bijection entre  E  et  F,  on  dit  que  E  et  F  sont
équipotents et on note : E ~ F.

Un ensemble est  dit  fini  s'il  est  en  bijection  avec  un  ensemble
A_n = {1, 2, 3, ..., n} avec n un entier naturel (et A_0 = Ø).
Alors Card(E) = n, et on retrouve la notion intuitive.

Un ensemble E qui ne peut pas être mis en bijection avec un tel ensemble
A_n est dit infini.
Ex : N est un ensemble infini.

 d) Cardinal d'un ensemble infini :

On étend la notion  de  cardinal  aux  ensembles  infinis  de  la  façon
suivante (schématiquement ; pour  plus  de  rigueur  voir  partie  II) :

1. Si 2 ensembles sont équipotents (en bijection),  on  dit  qu'ils  ont
le même cardinal.

2. On dit que Card E <= Card F si E a même cardinal qu'une partie de  F.
En particulier, si un ensemble infini E  est  inclus  dans  un  ensemble
(infini) F alors Card E <= Card F (inégalité large).

Ex. (règle 1) :
Card Z = Card N car il existe (au moins) une bijection de N
dans Z, qu'on peut expliciter :
g : n --> n/2      si n est pair
    n --> -(n+1)/2 si n est impair
ce qui donne 0 -->  0
             1 --> -1
             2 -->  1
             3 --> -2
               ...
Ex. (règle 2) :  Card N <= Card Z <= Card Q <= Card R <= Card C.

 e) Quelques résultats sur les ensembles dénombrables

On a vu Card N = Card Z. Établissons quelques autres résultats :

(*) Card N = Card (N^2)
On peut en effet compter les éléments de N^2 = { (a,b) | a,b dans N }.
Une bijection possible de N^2 dans N est le "comptage en diagonale" :
(0,0) --> 0
(1,0) --> 1
(0,1) --> 2
(2,0) --> 3
(1,1) --> 4
(0,2) --> 5
 ...
(on compte les points de N^2 selon les diagonales bas-droite -> 
haut gauche, en s'éloignant de l'origine).
On peut même expliciter la bijection :
 (p,q) --> (p+q).(p+q+1)/2 + q

De même, on a Card (Z^2) = Card Z.

(*) Card (Z) = Card Q

Essentiellement, une fraction  p/q  est  un  couple  d'entiers  relatifs
(p,q).  Cette  égalité  n'est  donc  pas  particulièrement   surprenante
quand on a admis Card (Z^2) = Card Z.

Formellement,  la  démonstration  est  un  peu  technique  :  elle   est
donc donnée dans la deuxième partie.

On a donc : Card N = Card Z = Card Q.

Ce cardinal est noté aleph_0.
(aleph est la première lettre de l'alphabet hébreu).

Tous les ensembles infinis qui ont le même  cardinal  que  N  sont  dits

dénombrables.

Au sens large,  "dénombrable"  signifie  aussi  "fini  ou  dénombrable".
Enfin,  un  ensemble  qui  n'est  ni  fini  ni  dénombrable  est  dit...
indénombrable.

 f) Quelques résultats sur les ensembles indénombrables

Plaçons nous maintenant dans les réels.

(*) Card [0,1] = Card [0,2] = Card [a,b] = ...
Il est facile de trouver une bijection de [0,1] dans [0,2] :
k : x --> 2x par exemple.
De même, on peut toujours trouver  une  bijection  entre  2  intervalles
de R, ouverts ou fermés.
Tous les intervalles de R ont donc le même cardinal.

(*) Card (a,b) = Card R
(a,b) désigne l'intervalle, sans se préoccuper  de  l'inclusion  ou  non
des bornes.
La fonction tangente, par exemple, fournit une bijection
de ]-pi/2,pi/2[ dans R.
En appliquant ce qui précède, tout intervalle de R a le même
cardinal que R.

(*) Card ([0,1[^2) = Card [0,1[
En effet on peut  expliciter  une  bijection  de  [0,1[^2  dans  [0,1[ :
Soit  (a,b)  dans  [0,1[^2.  Écrivons  leur   développement   décimal  :
a = 0, a1 a2 a3 a4 ...
b = 0, b1 b2 b3 b4 ...
formons alors c = 0, a1 b1 a2 b2 a3 b3 a4 b4 ...
N'est-il pas alors clair que la fonction   l : (a,b) --> c
est une bijection de [0,1[^2 dans [0,1[ ?

[en fait, pas tout a fait :  il  y  a  une  lacune,  expliquée  dans  la
seconde partie, mais ça ne change pas le résultat]

Grâce à ce qui précède on déduit que :
Card R = Card [0,1[ = Card ([0,1]^2) = Card R^2.
On peut démontrer la même  chose  avec  n'importe  quel  exposant  à  la
place de 2.

(*) Card C = Card R

En  effet,  les  fonctions  partie  réelle  et  partie  imaginaire  d'un
complexe  fournissent  une   bijection   évidente   de   C   dans   R^2.
Avec ce qui précède on a donc Card C = Card R^2 = Card R.

 g) Rapport dénombrable/indénombrable

On va maintenant voir que R n'est pas dénombrable.

Pour simplifier,  on  va  montrer  que  [0,1[  n'est  pas  dénombrable ;
ce qui implique, bien sûr, que R ne l'est pas.
Supposons le contraire : on  peut  alors  énumérer  [0,1[,  c'est-à-dire
qu'il existe une suite (u_n), n dans N,  qui  contient  tous  les  réels
de [0,1[.

Écrivons le développement décimal  (par  exemple)  des  premiers  termes
de (u_n) en notant u_n,i le i-ème chiffre  après  la  virgule  de  u_n :
u_1 = 0, u_1,1 u_1,2 u_1,3 u_1,4 ...
u_2 = 0, u_2,1 u_2,2 u_2,3 u_2,4 ...
...
u_n = 0, u_n,1 u_n,2 u_n,3 u_n,4 ...
...

On forme maintenant le nombre v s'écrivant :
v = 0, u_1,1 u_2,2 u_3,3 u_4,4 ... u_i,i ...
(on  prend  les  chiffres  de   la   diagonale   principale   ci-dessus)

On forme enfin le nombre  w  en  remplaçant  chaque  chiffre  de  v  par
son prédécesseur (et 0 par 8) :
w = 0, w_1 w_2 w_3 w_4 ...
avec :
w_i = 8         si u_i,i = 0
w_i = u_i,i - 1 sinon

Alors le nombre w, qui est bien défini, n'est  pas  dans  la  liste  des
valeurs parcourues par (u_n). En effet :
w_1 (le premier  chiffre  de  w  après  la  virgule)  est  différent  de
u_1,1 (le premier chiffre de u_1  après  la  virgule)  donc  w  <>  u_1.
w_2 <> u_2,2  donc  w <> u_2
...
w_n <> u_n,n  donc  w <> u_n pour tout n.

On a donc construit  un  réel  de  [0,1[  qui  n'est  pas  dans  (u_n) :
contradiction avec l'hypothèse.
Une  telle  suite  u_n  parcourant  tous  les  réels  de  [0,1[ n'existe
donc pas, donc [0,1[ est indénombrable.
La technique qui nous a permis de le montrer est  classique,  et  connue
sous le nom de "Procédé diagonal de Cantor".

 h) Conclusion :

Tout ceci nous permet d'écrire :
Card N = Card Z = Card Q  <  Card R = Card C.

Pour d'autres développements, et des  justifications  plus  rigoureuses,
voir la partie II.



6. Les cardinaux des ensembles infinis - Partie II.
   ------------------------------------------------

 a) Autre définition rigoureuse d'un ensemble infini :

Une  définition  équivalente  (moyennant  l'axiome  du  choix)  à  celle
de la première partie  est :
Un ensemble E est dit infini si on  peut  trouver  une  bijection  entre
lui-même et une de ses parties (strictes) F, ie :
F inclus dans E, F <> E, F ~ E.

Ex : N est en bijection avec N*, par la fonction f : n --> n+1
     ainsi, N est infini

 b) Cardinal d'un ensemble infini :

La  façon  parfaitement  rigoureuse  de  définir  le  cardinal  pour  un
ensemble  infini  s'appuie  sur  le   théorème   de   Cantor-Bernstein :

Thm : Soient A et B deux ensembles (finis ou infinis).
      Si A s'injecte dans B et B s'injecte dans A, alors
      A et B sont équipotents.
(la démonstration est facile dans le cas fini,  un  peu  moins  dans  le
cas général).

Ce théorème justifie les écritures :
Card(A) = Card(B) si A et B sont équipotents
Card(A) <= Card(B) si A s'injecte dans B
En  effet,  on  peut   alors   appliquer   la   règle   d'antisymétrie :
si n <= m et m <= n alors n = m.
Écrire  cette  règle  avec  les  cardinaux  infinis   est   une   simple
ré-écriture du théorème de Cantor-Bernstein.

D'autre  part,  on  a  l'équivalence  (moyennant  l'axiome  du  choix) :

- A s'injecte dans B
- B se surjecte sur A
et en notant Card(B) >= Card(A) si B se surjecte sur A,
on reste cohérent en manipulant les cardinaux.

Pour la culture (merci à David Madore) :
Si A et B sont  deux  ensembles  quelconques,  alors  soit  A  s'injecte
dans  B  (ie  Card(A)   <=   Card(B)),   soit   B   s'injecte   dans   A
                     (ie Card(B) <= Card(A)).
En d'autres termes  :  les  cardinaux  forment  une  classe  "totalement
ordonnée".

 c) Quelques précisions sur les ensembles dénombrables

(*) Card (Z^2) = Card Q
On a une injection évidente f : Q --> Z^2 :
                            f(p/q) = (p,q)

avec p,q premiers entre eux et q>0
[on  peut  rajouter  f(0)=(0,1)  pour   être   parfaitement   rigoureux]
Évidemment, ce n'est pas une bijection  :  (4,6)  par  exemple  n'a  pas
d'antécédent, puisque f(4/6) = (2,3).
On a donc Card Q <= Card(Z^2).

D'autre part, on a vu dans la première partie :  Card  (Z^2)  =  Card Z.
Or    Z    s'injecte   trivialement   dans   Q   :   Card Z  <=  Card Q.
De ces  deux  inégalités  on  déduit  Card (Z^2) = Card Q,  alors  qu'il
serait fastidieux d'exhiber une bijection  explicite  entre  Q  et  Z^2.

 d) Quelques précisions sur les ensembles indénombrables

(*) Card ([0,1[^2) = Card [0,1[
En fait, l'application l donnée dans la  partie  I  n'est  pas  vraiment
une bijection, mais seulement une injection. Cela est dû  à  l'existence
de deux  écritures  décimales  distinctes  pour  les  décimaux  :  l'une
avec un nombre fini de chiffre (ex  :  1,23),  l'autre  avec  un  nombre
infini  de  chiffres  (ex  :  1,2299999...)  [Voir  la  FAQ 0,999...=1].
En  conséquence,  le  nombre   0,50595959...   par   exemple   n'a   pas
d'antécédent puisque:
l(0,555... , 0,099...) = l(0,555.. , 0,1) = 0,51505050...
Cependant, ça suffit : l nous fournit  une  injection  de  [0,1[^2  dans
[0,1[,  et  l'injection  réciproque  est  triviale.  En  appliquant   le
théorème de Cantor-Bernstein on peut  donc  conclure  en  toute  rigueur
que Card([0,1[) = Card([0,1[^2).

La  généralisation  à  Card R  =  Card (R^2),  se  fait  toujours  comme
indiqué dans la première partie.

 e) Rapport dénombrable/indénombrable

Voici une démonstration plus indirecte du fait que R est  indénombrable,
mais  qui  a  l'avantage  de  préciser   le   rapport   entre   les   2,
à savoir R ~ P(N), l'ensemble des parties de N.

(*) Soit E un ensemble. P(E) n'est jamais équipotent à E.
En voici une (jolie) démonstration par l'absurde.

Supposons qu'il existe une bijection h : E --> P(E)
Pour tout x dans E, h(x) est un sous-ensemble de E.
Notons  F = { x dans E | x n'est pas dans h(x) }.
Par construction, F est une partie de E, donc F est dans P(E).
Comme h est une bijection, F a un antécédent dans E, ie :
il existe y dans E tel que h(y) = F = {x dans E | x n'est pas dans h(x)}

Alors :
- si y est dans F, par définition de F, y n'est pas dans h(y)=F.
Absurde.
- si y n'est pas dans F, par définition de F, y est dans h(y)=F.
  Absurde aussi.
C'est donc l'hypothèse d'existence de la bijection h qui est fausse.
Cqfd.

(*) Card P(N) = Card R
On constitue donc l'application p : P(N) --> R  de  la  façon  suivante.
Soit E dans P(N). E est donc un sous-ensemble (fini  ou  infini)  de  N.

On forme un nombre d écrit en base 2 de la façon suivante :
d = 0, d0 d1 d2 d3 d4 d5...
où  dn = 1 si n est dans E, 0 sinon
On a alors d dans [0,1], de façon claire (d=0 si E=@, d=1 si E=N).

[On peut définir p de façon plus concise :
 p(E) = \somme_{n dans E} 2^-(n+1)]

La fonction p : E --> p(E)=d est alors une surjection de  P(N)  dans  R.
[Tout réel r de [0,1] est atteint, et  pour  connaître  son  antécédent,
 il suffit d'écrire le développement binaire de r.
 En revanche, p n'est pas une bijection, en raison  de  l'existence  de
 2 développements binaires, comme pour  les  développements  décimaux.]

D'autre  part,  si  on  fabrique  l'application  q  comme  p,  mais   en
considérant que cette fois d est écrit  en  base  3  (ou  10,  ou  n>2),
alors l'application q est une injection de P(N) dans R.
[Tous les réels ne sont pas atteints, mais  chaque  réel  atteint  a  un
 antécédent unique.]

P(N) se surjecte et s'injecte à la fois dans R, donc P(N) ~ R :
                    Card P(N) = Card R

Par généralisation du cas fini, on écrit :
Card R = Card P(N) = 2^(Card N) = 2^(aleph_0)

(*) Card N < Card R
En effet, puisque N est inclus (donc s'injecte) dans R,Card N <= Card R.
De plus, on  vient  de  montrer  que  Card R = Card P(N),  et  que  P(N)
n'est pas équipotent à N. Donc Card N < Card R.

 f) Hypothèse du Continu...

On définit aleph_1  comme  étant  le  plus  petit  cardinal  strictement
supérieur à aleph_0 (pour une définition  plus  rigoureuse  de  aleph_1,
voir l'article de David Madore :
http://www.eleves.ens.fr:8080/home/madore/w/ordinals/ordinals.html)

Le fait de savoir  si  Card R  =  aleph_1  est  indécidable  d'après  la
construction  de  R  seule,  c'est  à  dire  qu'on  peut  arbitrairement
décider que oui ou non.
Habituellement, on fait l'hypothèse que c'est bien le cas
(hypothèse du Continu) : aleph_1 = Card R.

En   termes   plus   simples,   l'hypothèse   du   Continu   dit   que :
toute partie de R est soit au plus dénombrable, soit  équipotente  à  R.

En termes intuitifs  (!)  :  il  n'existe  pas  d'ensemble  "strictement
plus gros" que N mais "strictement plus petit" que R.

 g) Opérations sur les cardinaux

Toutes  les  opérations  valables  avec  les   cardinaux   finis,   sont
extensibles  aux  cardinaux  infinis,  mais  l'intérêt   est   moindre :
Si A ou B est infini :
Card (A Û B) = Card A + Card B = Max (Card A , Card B)
Card (A × B) = Card A . Card B = Max (Card A , Card B)
Card (P(A))  = 2^Card(A)

L'hypothèse du Continu "dit" ainsi que aleph_1 = 2^aleph_0.

 h) Références

 -- Initiation à la théorie des ensembles, J. Breuer
    Dunod, 1961
 -- Théorie axiomatique des ensembles, Jean-Louis Krivine,
    Presses Universitaires de France, 1972 (niveau maîtrise)
    voir aussi :
 -- Théorie des ensembles, Jean-Louis Krivine, Vuibert, 1998


7. Qu'est-ce que le nombre e ?
   ---------------------------

a. le point de vue Néperien.

On pose ln(e) = 1.

Il suffit d'expliquer comment on définit naturellement la fonction
logarithme, et tu comprendras pourquoi e est e.

La fonction ln se définit (à une constante près) par la propriété :
		ln(xy)=ln(x)+ln(y).
En dérivant cette relation, on vérifie que :
y ln'(xy))= ln'(x). Donc : ln'(y) = ln'(1)/y.

On définit donc la fonction ln comme étant LA SEULE FONCTION dérivable
telle que :
  1 ln(xy)=ln(x)+ln(y)
  2. ln'(1) = 1.

Puis on définit e par : ln(e)=1.

L'intérêt de cette définition de la fonction ln : on a de jolis
développements en série entière, la fonction exp, inverse de la fonction
ln vérifie : y'=y et y(0)=1 (c'est un théorème).

Tiens, d'ailleurs, on peut aussi décider de définir d'abord la fonction
exp. Les théorèmes deviennent des définitions et les définitions
deviennent des théorèmes :


b. Le point de vue de Cauchy:

exp est la solution de l'équation différentielle y'=y,
vérifiant : exp(0) = 1.

Suivant ce point de vue, on définit e=exp(1) et on définit ln comme
étant la fonction inverse de la fonction exp (de sorte que ln(e)=1).

On a alors le théorème :
  1. ln(xy)=ln(x)+ln(y)
  2. ln'(1) = 1.


c. Le point de vue Théologique e^(i\pi) + 1 = 0.

Il suffit de définir la fonction puissance.

Si a est un réel positif, on définit a^n pour tout entier naturel n,
puis a^(1/p) pour tout entier naturel p (c'est le nombre b tel que
b^p=a.  Ce nombre existe car l'application b->b^p est un bijection)

donc a^q pour tout nombre rationnel positif q, puis a^x pour tout réel
positif x (par passage à la limite).

On s'aperçoit que la fonction que l'on définit ainsi admet un
prolongement analytique : z dans C -> a^z dans C, on démontre qu'il
existe une infinité de réels positifs tel que e^(i\pi) + 1 = 0

et on définit e comme le plus petit réel positif tel que :
                            e^(i\pi) + 1 = 0

Ensuite, on peut définir la fonction exponentielle par exp(x)=e^x, et
les définitions du second point de vue deviennent des théorèmes (alors
qu'en utilisant la définition du second point de vue (convenablement
étendue aux nombres complexes), l'équation e^(i\pi) + 1 = 0 est un
théorème).

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                 [FAQ] fr.sci.maths - partie 1/3
                 [FAQ] fr.sci.maths - partie 3/3
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